Un seul chiffre. Sorti du rapport officiel BCEAO sur les conditions de banque en 2024. Publié en juillet 2025. Très peu commenté. REGAFRIK l'ouvre aujourd'hui avec les données, les causes réglementaires, et ce qui peut changer.
Source directe : BCEAO · Rapport sur les conditions de banque dans l'UEMOA 2024 · Juillet 2025 · bceao.int
Le Rapport sur les conditions de banque dans l'UEMOA 2024, publié par la BCEAO en juillet 2025, contient une ligne qui mérite bien plus d'attention qu'elle n'en a reçue.
Une précision de périmètre s'impose : ce 18 % porte sur les crédits aux personnes physiques uniquement. La majorité écrasante du crédit bancaire va aux personnes morales (entreprises, États). Rapporté à l'ensemble du portefeuille de crédit de l'économie, la part effective des femmes tomberait en dessous de 2 %. Le rapport BCEAO choisit le périmètre personnes physiques parce que c'est là que l'accès individuel au financement se mesure. Ce chiffre de 18 % est donc le plus favorable possible. Et il reste à 18 %.
18 %. Ce n'est pas un chiffre qui date de 2010. C'est le chiffre de 2024. Et le rythme de rattrapage est préoccupant : les crédits aux femmes augmentent moins vite que les crédits aux hommes. En 2022, ce chiffre était de 17 %, en baisse de 8 points par rapport à l'année précédente. En deux ans, il n'a progressé que d'un point. L'écart ne se referme pas. Il s'élargit lentement.
Ce n'est pas que les banques UEMOA discriminent volontairement les femmes. C'est que le système de garanties bancaires, pensé dans un contexte où les hommes détenaient historiquement les titres fonciers et les actifs formels, défavorise mécaniquement les emprunteuses.
La garantie foncière n'est pas le seul obstacle. Les femmes sont surreprésentées dans le secteur informel : petites commerçantes, artisanes, agricultrices de subsistance. Ce sont des activités qui génèrent des revenus réels mais difficiles à documenter selon les standards bancaires. Sans trois ans de relevés de compte, sans bilans comptables formels, le dossier de crédit ne passe pas les filtres standards des analystes risque.
Les banques ne refusent pas ces dossiers parce que les femmes ne méritent pas de crédit. Elles les refusent parce que leurs outils d'évaluation du risque ont été conçus pour des emprunteurs du secteur formel. Et l'économie informelle est largement féminine en Afrique de l'Ouest.
La BCEAO n'est pas silencieuse sur ce sujet. Plusieurs mécanismes existent. Leur impact reste insuffisant au regard des chiffres.
La Stratégie Régionale d'Inclusion Financière adoptée en 2025 après consultation de plus de 600 participants dans les 8 États membres cite explicitement les femmes comme population cible. C'est une avancée dans le discours officiel. Des fonds de garantie pour femmes entrepreneurs existent dans certains pays membres. La BOAD finance des lignes de crédit dédiées via des banques partenaires.
Le mobile money a aussi joué un rôle. Les 248,7 millions de comptes dans l'UEMOA, dont une part significative détenus par des femmes, ont créé un historique de transactions numérique. Certains établissements commencent à utiliser ces données comportementales pour évaluer la solvabilité d'emprunteuses sans dossier bancaire traditionnel. C'est une piste réelle.
Le gap entre les 52 % de population que représentent les femmes et les 18 % du crédit qu'elles reçoivent ne se réduira pas avec des lignes de crédit dédiées seules. La vraie transformation viendra du changement des outils d'évaluation du risque.
Le scoring alternatif utilise des données non bancaires (historique mobile money, régularité des paiements de factures, activité sur les plateformes numériques) pour évaluer la solvabilité d'un emprunteur sans historique bancaire formel. Plusieurs études le documentent comme un outil puissant pour inclure les exclus du crédit formel.
La BCEAO n'a pas encore publié de cadre réglementaire précisant comment les établissements peuvent utiliser ces données alternatives dans leurs décisions de crédit. Sans cadre, les banques restent prudentes. Et les femmes restent sous-financées.
Si les femmes remboursent mieux, représentent la majorité de la population et animent une part massive de l'économie, pourquoi ce chiffre de 18 % reste-t-il aussi bas ?
La réponse honnête est que le problème est systémique. Il ne vient pas d'une politique délibérée. Il vient d'un empilement de contraintes : le droit de la propriété foncière, les critères de garantie, les outils de scoring calibrés sur le secteur formel, l'absence de données numériques exploitables pour les emprunteuses informelles.
Ces contraintes ne disparaîtront pas avec de bonnes intentions. Elles disparaîtront quand trois choses se produiront simultanément. Une réforme des droits fonciers permettant aux femmes de constituer des garanties réelles. Un cadre réglementaire BCEAO autorisant et encadrant le scoring alternatif. Des produits de crédit spécifiquement conçus pour les micro-activités du secteur informel, avec des tickets adaptés et des calendriers de remboursement correspondant aux cycles de revenus réels.
La SRIF 2025-2030 a identifié les femmes comme cible prioritaire. C'est le point de départ. Il reste à construire les instruments réglementaires qui transforment cet engagement en crédit effectivement distribué.
REGAFRIK lit les rapports officiels BCEAO le jour de leur publication et en extrait ce qui mérite d'être dit.