Histoire · Finance · Afrique de l'Ouest

Ils ont tout perdu.
L'histoire des grandes faillites bancaires
en Afrique de l'Ouest — et ce qu'elles nous ont appris.

Entre 1980 et 1995, plus de 30 banques ont fermé dans l'UEMOA. Au Bénin, les trois seules banques du pays ont été liquidées. Au Sénégal, 7 sur 12 ont disparu. Cette histoire n'est pas dans les manuels — elle est dans chaque texte réglementaire en vigueur aujourd'hui.

📚 Sources : études académiques publiées · BCEAO · Cairn.info · Wikipedia · ResearchGate ✅ Chaque fait est sourcé et vérifiable 📰 REGAFRIK · Avril 2026
Chapitre I.

Tout a commencé en 1853 —
avec un décret de Napoléon III

Pour comprendre pourquoi le système bancaire de l'Afrique de l'Ouest a failli s'effondrer à la fin des années 1980, il faut remonter à ses origines. Et ces origines ne sont pas africaines.

Le 21 décembre 1853, Napoléon III signe un décret impérial créant la Banque du Sénégal à Saint-Louis — alors capitale de l'Afrique occidentale française. Elle démarre ses opérations en 1855 sous la direction de Pierre Rey, comme banque de prêt et d'escompte. C'est la première banque de l'histoire en Afrique de l'Ouest francophone.

Pendant plus d'un siècle, cette institution — qui deviendra successivement la Banque de l'Afrique Occidentale (BAO) en 1901, puis la Banque Internationale pour l'Afrique Occidentale (BIAO) en 1965 — est quasiment la seule banque commerciale de toute l'Afrique occidentale française. De 1901 à 1919, la BAO est littéralement la seule banque active en Afrique occidentale française. Son siège se transfère de Dakar à Paris.

137 années séparent la création de la Banque du Sénégal (1853) de la liquidation de la BIAO (1990). L'institution la plus ancienne de l'Afrique de l'Ouest francophone n'a pas survécu aux années 1980.

À l'indépendance, en 1960, les États nouvellement souverains héritent d'un système bancaire presque entièrement contrôlé par des capitaux français — BIAO, Société Générale, BNP (via ses filiales BICICI, BICIS...), Crédit Lyonnais. Ce déséquilibre va façonner les décisions des décennies suivantes.

Les États africains répondent à ce déséquilibre de la seule manière qui leur semble logique : en créant leurs propres banques. Des banques nationales de développement, des banques agricoles, des banques industrielles — toutes à capitaux publics, toutes avec une mission : financer le développement que les banques coloniales refusaient de financer. C'est de cette période que naissent la CNCA (Caisse Nationale de Crédit Agricole) en Côte d'Ivoire en 1959, la BNDS (Banque Nationale de Développement du Sénégal), la BDM (Banque de Développement du Mali), la BNDB (Banque Nationale de Développement du Burkina Faso).

Le paradoxe fondateur. Ces banques publiques sont créées pour corriger une injustice réelle : l'exclusion des paysans, des PME et des États africains du crédit bancaire. Mais elles naissent avec un vice structurel : leur mission de développement et leur logique politique sont incompatibles avec les principes élémentaires de gestion prudente du risque. Elles seront les premières à tomber quand la crise arrivera.
Chapitre II.

Les années 1980 : quand tout s'effondre

La crise bancaire qui frappe l'UEMOA entre 1980 et 1995 n'est pas un accident. C'est la convergence de cinq facteurs qui se renforcent mutuellement, dans un système où personne ne surveille personne.

Les cinq facteurs de la catastrophe

1. La chute des cours des matières premières. Les économies de l'UEMOA reposent sur l'exportation de cacao, café, arachide, coton, phosphates. À partir du début des années 1980, les prix mondiaux s'effondrent. Les recettes d'exportation s'évaporent. Les entreprises exportatrices ne peuvent plus rembourser leurs crédits.

2. L'insolvabilité des États. Les États, qui ont emprunté massivement dans les années 1970 pour financer des programmes ambitieux, ne peuvent plus honorer leurs dettes. Or ces mêmes États sont les principaux clients des banques publiques qu'ils ont créées — et dont ils ne remboursent plus les prêts. La crise économique et l'insolvabilité des États étaient telles qu'à la fin des années quatre-vingt, les établissements de crédit croulaient sous les créances douteuses.

3. Le crédit dirigé et la gestion politique. Dans les banques publiques, les décisions de crédit ne sont pas prises sur la base du risque. Elles sont prises sur la base des relations politiques. Des prêts sont accordés à des entreprises d'État non viables, à des proches du pouvoir, à des projets sans viabilité économique. Sur les 16 banques en faillite entre 1980 et 1995, on dénombre 6 banques de développement appartenant aux États et 10 banques commerciales.

4. L'absence de supervision. Avant 1990, chaque État avait sa propre commission nationale de contrôle des banques. Ces commissions nationales avaient peu de moyens, peu d'indépendance vis-à-vis des gouvernements, et peu d'autorité pour sanctionner les établissements en difficulté — souvent détenus en partie par ces mêmes gouvernements.

5. La surévaluation du franc CFA. Le franc CFA, arrimé au franc français à un taux fixe, est progressivement surévalué dans les années 1980 par rapport à la réalité des économies africaines. Cette surévaluation pénalise les exportations, aggrave les déficits publics, et érode la compétitivité. La dévaluation de 50 % du franc CFA, qui interviendra en janvier 1994, soulage finalement la zone — mais aggravera d'abord les bilans des banques qui avaient des dettes en devises.

« La crise bancaire d'envergure subie par cette zone dans les années 1980 a été essentiellement provoquée par la mauvaise gestion des établissements de crédit et la dégradation de l'environnement économique. »

— Revue d'Économie Financière, Cairn.info, 2014
Chapitre III.

L'hécatombe : pays par pays,
banque par banque

Les chiffres sont vertigineux. Sur les sept pays que comptait l'UEMOA avant l'adhésion de la Guinée-Bissau en 1997, six ont été profondément affectés par des faillites bancaires entre 1980 et 1995. Voici ce qui s'est passé dans chaque pays.

PaysAmpleur de la criseBanques fermées ou restructuréesGravité
🇸🇳 Sénégal 7 banques sur 12 ont arrêté leur activité BNDS, Sonabank (1989), USB, Sofisedit (1989), BSK, Assurbank (1990), CNCA (1990), BCCI (1991) Critique
🇧🇯 Bénin Les trois seules banques existantes, toutes publiques, furent liquidées Toutes les banques du pays (3 sur 3) — liquidation totale du système bancaire Catastrophique
🇨🇮 Côte d'Ivoire Les cinq banques de développement furent toutes liquidées. BCCI CI et Banco do Brasil SA liquidées. Ecobank absorbe Chase Manhattan Bank (CMB) en 1989. CNCA, BICT, BIPT, BCCI-CI, Banco do Brasil SA et autres Grave
🇹🇬 Togo Durant la période 1990–1994, trois banques sur un total de neuf font faillite. Parmi ces trois banques, on note la Caisse Nationale de Crédit Agricole (CNCA) qui fait partie du secteur public. CNCA, Banque Commerciale du Togo et une autre banque commerciale Significatif
🇧🇫 Burkina Faso Une seule banque, la Banque Nationale de Développement du Burkina (BNDB), fait faillite en 1993. On note cependant une fusion entre trois banques commerciales en 1995 : la BFCI, la CAI et l'UREBA. BNDB (1993) + fusion de trois banques commerciales (1995) Modéré
🇲🇱 Mali Au Mali, la situation est de loin la meilleure parmi tous les autres pays. En effet, seule la Banque de Développement du Mali (BDM) connaît des difficultés mais ne fait pas faillite. Difficultés de la BDM, sans fermeture Limité

Sources : Fosso (2000) — « Les déterminants des faillites bancaires dans les pays de l'UEMOA » · Cairn.info (2014) · Études BCEAO · SenePlus · ACET (Côte d'Ivoire)

Le cas du Sénégal mérite une attention particulière. « La situation du Sénégal était assez grave puisque la quasi-totalité des banques du secteur public s'était effondrée. » La liste des fermetures est longue : liquidation de la Banque Nationale de Développement du Sénégal (BNDS) en 1990 (État actionnaire à hauteur de 72,9 %), faillite de la Sofisedit en 1989, fermeture de la Sonabank en 1989. S'y ajoutent l'Union Sénégalaise de Banque (USB) en 1989, Assurbank en 1990, la Banque Sénégalo-Koweïtienne (BSK) en 1990, et la filiale sénégalaise de la Bank of Credit and Commerce International (BCCI) en 1991.

La fermeture de ces sept banques représentait à peu près 20 à 30 % des actifs du système bancaire sénégalais. Une destruction de valeur sans précédent dans l'histoire financière du pays.

30+ banques liquidées ou restructurées dans l'UEMOA entre 1980 et 1995. Plus d'une trentaine sur soixante-dix, dont quinze banques de développement en faillite.

Les conséquences pour les populations et les entreprises sont dévastatrices. Des entreprises ont été mises en difficulté par le blocage de leurs dépôts dans les banques défaillantes, et ont eu un accès très difficile aux ressources bancaires de moyen et long terme pour financer leurs investissements. Ce qui a entraîné la faillite de plusieurs d'entre elles.

Chapitre IV.

La chute de la BIAO :
l'histoire la plus romanesque

Parmi toutes les défaillances bancaires de cette période, celle de la BIAO est la plus spectaculaire. Elle condense à elle seule tous les maux de l'époque — et produit un épisode qui ressemble davantage à un roman d'aventures qu'à un fait économique.

🏛️
La BIAO — Banque Internationale pour l'Afrique Occidentale
1853–1990 · 137 ans d'histoire · 17 pays africains · 6 000 employés
Héritière directe de la Banque du Sénégal fondée par Napoléon III en 1853, la BIAO était à la fin des années 1980 présente dans 17 pays africains avec 6 000 employés sur le continent et 530 en France. Sa filiale ivoirienne et sa filiale sénégalaise étaient parmi les premières banques de leurs pays respectifs. C'était l'institution bancaire la plus ancienne et la plus vaste d'Afrique de l'Ouest francophone.

Comment 137 ans d'histoire s'effacent en quelques mois

À partir de 1988, la BIAO entre en grave détresse financière sous l'effet de la crise économique et de ses créances douteuses accumulées. Le gouvernement français mandate alors la Banque Nationale de Paris (BNP) — banque publique à l'époque — pour prendre en main la restructuration. En 1989, la BNP augmente sa participation dans Cofifa (la holding qui contrôle la BIAO) de 40,5 à 58 %.

Mais la BNP n'a pas l'intention de sauver la BIAO. Elle l'a rachetée pour la démanteler proprement. En avril 1990, la BNP initie une restructuration drastique en indiquant qu'elle va se retirer de la plupart ou de la totalité des opérations de la BIAO en Afrique. Le 1er juin 1990, la BNP quitte les opérations de la BIAO en Côte d'Ivoire et au Sénégal, reprises dans le cadre d'opérations de sauvetage menées par la BCEAO. Le 14 juin 1990, la BIAO entame un processus de liquidation confié à l'administrateur Jacques Piot.

Le choc pour les autorités africaines. Cette opération, juteuse pour l'établissement parisien, a révélé l'impréparation, voire l'impuissance, des autorités monétaires et bancaires de la zone franc. Les filiales ivoirienne et sénégalaise de la BIAO sont reprises d'urgence dans des opérations de sauvetage pilotées par la BCEAO et transformées en banques d'État. Les autres filiales africaines (Cameroun, Burkina Faso, Togo, Niger...) sont liquidées ou rachetées à vil prix.

Andrew Sardanis et le rêve brisé de la "banque africaine"

L'épisode suivant est l'un des plus fascinants de l'histoire bancaire africaine. Le réseau BIAO a été repris en mars 1991 par la Meridien BIAO SA, créée pour l'occasion par l'homme d'affaires gréco-zambien Andrew Sardanis.

Andrew Sardanis est un personnage hors du commun. Né à Chypre en 1931, immigré en Zambie à 19 ans, il devient l'un des rares Blancs à avoir activement soutenu le mouvement d'indépendance zambien. Il sera Secrétaire Permanent dans le gouvernement de Kenneth Kaunda. En 1991, MIBL (sa holding enregistrée aux Bahamas) achète un réseau de 11 banques au liquidateur français de la BIAO. Meridien BIAO est détenu à 74 % par MIBL, la Banque Africaine de Développement détient 10 % et la BOAD 16 %. La capitalisation initiale est d'environ 100 millions de dollars.

L'ambition est explicite et émouvante : Meridien BIAO est établi pour combler un vide. Comme il opère dans 22 pays différents, et afin de mieux servir les environnements locaux, une grande indépendance est accordée à chaque banque locale. Le directeur général, ou au moins son adjoint, dans chaque pays est un ressortissant national. Ainsi Meridien BIAO peut se revendiquer camerounais au Cameroun, libérien au Liberia, zambien en Zambie. C'est la première tentative sérieuse de créer une grande banque panafricaine véritablement africaine.

La chute : le franc CFA et la crise de liquidité

L'ambition se heurte à une réalité brutale. En janvier 1994, le franc CFA se dévalue de 50 %, et cela a un effet désastreux sur la valeur nette du groupe, car tous ses actifs en Afrique francophone perdent immédiatement 50 % de leur valeur en termes de dollars. Le groupe fait des efforts vigoureux pour lever des capitaux mais sans succès.

Le 24 avril 1995, la Haute Cour des Bahamas déclare MIBL en faillite, suite à une plainte de la Meridien BIAO Swaziland qui réclamait à la MIBL 7,3 millions de dollars de placements et de crédits. Le holding insolvable est mis en liquidation. La disparition de la MIBL, qui contrôlait tout de même huit banques en zone franc, relance alors de plus belle le mouvement de restructuration.

Les employés de certaines filiales attendront des décennies d'être indemnisés. Les 503 anciens employés de la BIAO Cameroun, banque liquidée en 1990, ont dû attendre jusqu'en 2013 — soit 23 ans — avant que l'État camerounais consente à payer leurs droits sociaux.

Ce que révèle l'épisode Meridien BIAO. L'échec de l'aventure Sardanis n'était pas seulement dû à la dévaluation. Sardanis, qui n'avait pas de projet bancaire solide pour l'Afrique, voulait racheter le groupe à vil prix avec l'appui des États et des institutions multilatérales régionales, et le revendre avec plus-value. Le prix de cession — quelques millions de dollars — n'a d'ailleurs jamais été rendu public. La BAD et la BOAD, qui détenaient ensemble 26 % de Meridien BIAO, ont accepté de financer une opération dont la solidité était douteuse — faute d'alternative et par désir de voir émerger une banque panafricaine. La leçon : le nationalisme bancaire ne remplace pas la rigueur de gestion.
Chapitre V.

La réponse : comment l'UEMOA
a reconstruit son système bancaire

La crise n'a pas seulement détruit. Elle a forcé la construction d'un édifice réglementaire qui n'existait pas. Chaque texte majeur de la réglementation bancaire UEMOA d'aujourd'hui porte l'empreinte des erreurs des années 1980.

89
1989
La réforme bancaire — fin du crédit dirigé
Une première réforme bancaire lève la distinction entre banques de développement et banques commerciales. Toutes les banques deviennent des établissements commerciaux soumis aux mêmes règles. La distinction qui permettait aux banques publiques d'opérer selon des critères politiques plutôt qu'économiques est supprimée.
90
24 avril 1990 — Ouagadougou
Création de la Commission Bancaire de l'UMOA
La Commission Bancaire de l'Union Monétaire Ouest Africaine a été créée par une convention signée par les Ministres des Finances des États membres de l'UMOA le 24 avril 1990 à Ouagadougou, dans le but de « contribuer à assurer une surveillance uniforme et plus efficace de l'activité bancaire et une intégration de l'espace bancaire dans l'UMOA ». Elle remplace les commissions nationales disparates et insuffisantes. C'est la naissance du superviseur bancaire régional unique — le même qui prononce aujourd'hui les sanctions publiées sur cb-umoa.org.
94
Janvier 1994
Dévaluation du franc CFA — le choc salvateur
La dévaluation de 50 % du franc CFA par rapport au franc français est douloureuse à court terme — elle efface 50 % de la valeur des actifs en devises des banques, comme en témoigne la chute de Meridien BIAO. Mais à moyen terme, elle restaure la compétitivité des exportations, réduit les déficits publics et permet un rebond économique qui assainit progressivement les portefeuilles bancaires.
99
Juin 1999 → 1er janvier 2000
Les nouvelles règles prudentielles — ratio de couverture des risques
Les règles prudentielles, arrêtées par le Conseil des Ministres des Finances de l'UEMOA en juin 1999 et entrées en vigueur le 1er janvier 2000, visent principalement à renforcer la solvabilité et la stabilité du système bancaire, afin d'assurer une protection accrue des déposants. Le ratio de couverture des risques — l'ancêtre du ratio Bâle qui s'applique aujourd'hui — est introduit à 4 % puis porté rapidement vers les 8 % des standards internationaux.
07
2007
Relèvement du capital minimum des banques à 10 milliards FCFA
Le Conseil des Ministres de l'Union relève le capital social minimum applicable aux banques à 10 milliards FCFA (Règlement 01/2007/RB du 2 novembre 2007). Ce relèvement vise à concentrer le secteur sur des entités plus solides et mieux capitalisées. Il réduit aussi le nombre de banques sous-capitalisées héritées de la période de restructuration.
16
24 juin 2016
Adoption du dispositif Bâle II/III — Décision 013/CM/UMOA
L'UEMOA adopte son propre dispositif prudentiel inspiré des accords de Bâle II et III, entré en vigueur le 1er janvier 2018. Ratios CET1, coussins de conservation, ratio de levier, règles sur les grands risques — un dispositif complet que les années 1980 ont rendu nécessaire.
24
2024 → 1er janvier 2027
Capital minimum des banques porté à 20 milliards FCFA
Le capital social minimum des banques est doublé à 20 milliards FCFA (Avis CM/UMOA de décembre 2023), avec une période de mise en conformité jusqu'au 1er janvier 2027. C'est le dernier acte en date du renforcement prudentiel continu qui a débuté en 1990. À fin 2024, le ratio moyen de solvabilité des banques de l'UEMOA est de 14,7 % — soit 3,2 points au-dessus de la norme de 11,5 %.
Chapitre VI.

Les 7 leçons que cette histoire
nous a léguées

Chaque faillite bancaire contient une leçon. L'UEMOA les a payées au prix fort. Ce qui distingue un système bancaire mature d'un système fragile, c'est sa capacité à transformer ses échecs en règles durables.

01
La mission de développement ne peut pas remplacer la rigueur de gestion
Toutes les banques de développement publiques ont fait faillite — sans exception. Non parce que leur mission était mauvaise, mais parce qu'elles accordaient des crédits sur la base de critères politiques plutôt qu'économiques. La leçon a été intégrée dans la réglementation : les règles prudentielles s'appliquent à toutes les banques, publiques ou privées. La CB-UMOA ne fait pas de distinction.
→ Visible aujourd'hui dans les sanctions CB-UMOA prononcées contre des banques à actionnariat public (sessions 139e à 151e)
02
Un superviseur national ne peut pas surveiller les banques de son propre gouvernement
Les commissions nationales de contrôle des banques, placées sous l'autorité des mêmes ministères des Finances qui détenaient des parts dans les banques, ne pouvaient pas surveiller efficacement. C'est pourquoi la Commission Bancaire de l'UMOA créée en 1990 est régionale, supranationale, et présidée par le Gouverneur de la BCEAO — indépendante de chaque État membre.
→ Visible aujourd'hui dans la structure indépendante de la CB-UMOA (Convention du 24 avril 1990)
03
Les créances douteuses sont un cancer à détecter tôt, pas à dissimuler
Dans les années 1980, beaucoup de banques ont masqué leurs créances douteuses — par crainte de révéler la réalité à leurs actionnaires politiques. Quand la réalité est apparue, les pertes étaient insolvables. L'Instruction n°026-11-2016 de la BCEAO, qui impose un provisionnement progressif et contraignant (20 % → 50 % → 100 %), est la réponse directe à cette dissimulation historique.
→ Visible aujourd'hui dans l'Instruction n°026-11-2016 sur les engagements en souffrance
04
Le capital minimum élevé n'est pas un obstacle — c'est une protection
Les banques les plus fragiles des années 1980 étaient les moins capitalisées. Les banques qui ont survécu — les filiales de Société Générale, du Crédit Lyonnais, du réseau BICI — étaient adossées à des groupes disposant de ressources propres significatives. Le relèvement progressif du capital minimum (10 milliards en 2007, 20 milliards en 2024) protège les déposants et la stabilité du système.
→ Visible aujourd'hui dans l'Avis CM/UMOA de décembre 2023 — capital minimum 20 milliards FCFA
05
La diversification sectorielle est vitale dans des économies mono-exportatrices
La grande majorité des créances douteuses des années 1980 étaient concentrées sur les secteurs d'exportation de matières premières (cacao, café, arachide) et sur les États. Quand les cours ont chuté, tous les créanciers de ces secteurs ont défailli simultanément. La norme de division des risques — 75 % des fonds propres maximum sur une seule contrepartie — est la réponse réglementaire à cette concentration mortelle.
→ Visible aujourd'hui dans la norme de division des risques (Décision n°013/2016)
06
Un repreneur sans projet solide aggrave la crise qu'il prétend résoudre
L'aventure Meridien BIAO l'illustre parfaitement. Andrew Sardanis a racheté 11 banques en faillite avec un financement insuffisant et sans projet opérationnel solide. Quand la dévaluation de 1994 a effacé la valeur de ses actifs, tout s'est effondré en cascade, laissant des milliers d'employés et de déposants dans l'attente pendant des décennies. Aujourd'hui, la procédure d'autorisation préalable CB-UMOA pour les changements d'actionnariat (Instruction n°19-12-2011) est précisément conçue pour vérifier la solidité financière et la crédibilité du projet du repreneur.
→ Visible aujourd'hui dans l'Instruction n°19-12-2011 CB-UMOA sur les modifications d'actionnariat
07
La réglementation est toujours écrite après les catastrophes — mais il vaut mieux la respecter avant
La Commission Bancaire n'aurait pas été créée sans les faillites de 1980-1995. Bâle II/III n'aurait pas été adopté sans la crise financière mondiale de 2008. Les règles LBC/FT n'auraient pas été renforcées sans les scandales de financement du terrorisme. Chaque texte réglementaire en vigueur aujourd'hui dans l'UEMOA est la cicatrice d'une crise passée. Les compliance officers qui appliquent ces textes ne font pas de la paperasse — ils maintiennent vivante une mémoire collective douloureuse.
→ La réglementation bancaire de l'UEMOA aujourd'hui : bceao.int et cb-umoa.org
Bienvenue sur REGAFRIK

L'histoire bancaire de l'UEMOA mérite d'être connue — et racontée.

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Prochain article : Ecobank, Coris Bank, Bank of Africa — comment les banques panafricaines ont émergé des ruines des années 1990 pour devenir les nouvelles puissances du secteur. Publié prochainement.